Mabillon estime que Bernard n’a
pu composer La Louange de la Nouvelle Chevalerie avant 1132.
D’ailleurs, Bernard, au début de son prologue adressé
à Hugues de Payns, s’excuse d’avoir tant différé
de l’écrire:
« Ce n’est pas une, mais deux, mais trois fois, si je me
trompe, mon cher Hugues que vous m’avez prié de vous écrire,
à vous et à vos compagnons d’armes, un discours
d’exhortations... ».
Dom Cousin place la rédaction de la Règle
plutôt vers 1135 (Les débuts de
l’Ordre des Templiers et saint Bernard).
Ainsi
donc, si pendant le concile, la Règle sera bien esquissée
dans ses grandes lignes, afin d’être présentée
à l’approbation d’Honorius II, il faut souligner fortement
cet aspect du concile souvent négligé par ailleurs;
Mabillon démontre bien que d’attribuer la Règle
à saint Bernard relève de l’erreur historique.
Le
cistercien Albéric de Trois-Fontaine nous
informe quant à lui, qu’on donna aux Templiers la Règle
de saint Augustin, d’où vient que, dans le Monasticon anglicanum,
on les place parmi les religieux qui suivent la règle de
ce Père, autrement dit la règle des chanoines réguliers.
Il
serait invraisemblable qu’Albéric de Trois-Fontaine, cistercien
et dont l’abbaye n’était pas éloignée de
Clairvaux et sa première fille, eût ignoré
que leur règle fut de saint Bernard et leur en eût
attribué une autre à une époque où
vivaient encore les Templiers qui avaient connus le « saint
».
C’est
aussi au concile de Troyes qu’on donna aux chevaliers de la Milice,
comme signe distinctif, le bliaut blanc. Ils
ne devaient y appliquer la croix rouge particulière
à l’Ordre du Temple que beaucoup plus tard, lorsque le
pape cistercien Eugène II la leur conférera.
(Héfélé. Histoire des conciles tome V, d’après
Guillaume de Tyr).
J’espère
que le lecteur aura bien lu ces quelques pages révélatrices
de l’histoire
1) du concile de Troyes.
2) du comportement du futur Saint-Bernard.
3) du recrutement dans l’Ordre du Temple.
4) de la Règle.
Nous
ouvrirons, toujours aussi brièvement d’autres pages insolites
de l’histoire templière (c’est bien là notre regret),
dans d’autres communications.
Note:
Il existe dans la petite ville de Châtillon sur
Seine (arrondissement de Montbard, Côte d’Or département
21.) un monument religieux ancien qui domine, du haut du plateau
où se dressait le castrum, la rive droite de la Seine.
Cette curiosité historique est enfermée dans l’église
Saint-Vorles actuellement située au sein des ruines féodales.
L’église
Saint-Vorles eut pour fondateur l’évêque
Brunon de Roucy, 49° évêque
de Langres (980-1015/16). A son origine, ce bâtiment offrait
l’image parfaite d’une croix latine, trente mètres du portail
au chevet, vingt mètres cinquante dans le transept intra
muros. Cet édifice montre de nombreuses particularités
dont nous n’avons pas à traiter ici.
A
l’origine de cette église, nous trouvons un antique oratoire
qui est toujours contenu à l’intérieur, agrémenté
d’une chapelle dédiée à saint Bernard. Cet
oratoire est à rattacher aux temps héroïques
du christianisme et il est certain qu’il existait bien avant le
castrum lui-même. Nous sommes à ce moment de l’histoire
proche du quatrième siècle, voire la fin du troisième
siècle.
Cet
oratoire se présente sous la forme brute d’une «
niche » de deux mètres de profondeur, deux mètres
quarante-trois de hauteur et deux mètres quarante de longueur.
Au côté droit, immédiatement après
l’entrée, se trouve une cavité de un mètre
de hauteur, cinquante-cinq centimètres de largeur et trente-cinq
centimètres de profondeur.
C’est
dans cette cavité qu’était présente la vierge
noire qui décida de la vocation de Bernard de
Fontaine. Cette vierge noire, dont on disait au 18° siècle
qu’elle avait plus de 1000 ans, fut brûlée en 1793
par les révolutionnaires.
Sur
l’autre côté existe une piscine, semble-t-il, et
la niche qui la contient mesure vingt-cinq centimètres
de hauteur, autant de largeur et treize centimètres de
profondeur.
Cette
vierge noire, qui protégea saint Bernard, lui donna aussi
l’initiation celtique et universelle, celle de
la connaissance suprême, par l’humidification des lèvres
de l’impétrant, au travers des trois gouttes de lait issues
du sein maternel et divin. C’est le signe de l’adoption et de
la connaissance suprême, le symbole de l’immortalité.
La
nouvelle vierge noire est visible dans ce lieu.
Daniel Castille
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