Quand s’ouvre le concile de Troyes,
la structure du futur Ordre du Temple ne compte encore (toujours
!) que neuf chevaliers. Aussi Hugues
de Payns a-t-il tenu à y assister, avec cinq de
ses compagnons, pour y exposer les débuts historiques de
la Milice et apporter les corrections « guerrières
» nécessaires à l’application, in situ, de
la Règle. Il y renouvelle le désir déjà
exprimé par le roi de Jérusalem de voir la Milice
dotée d’une Règle adaptée aux circonstances
(droit de tuer) et prie Bernard de Clairvaux de bien vouloir lui
écrire une « louange » .
... Mais Bernard
se fait longuement prier parce que, si méritoire que puisse
être la défense des intérêts religieux
de la Chrétienté, par les armes, ce n’est pas sa
manière à lui de concevoir le service de Dieu. Il
pense que verser le sang de son prochain, fut-il un Infidèle,
n’est absolument pas compatible avec l’Enseignement du Christ.
... Comme
il l’écrivit à l’évêque de Lincoln,
la vraie Jérusalem, pour lui, c’était Clairvaux
et non pas la Jérusalem terrestre (Ep. LXIV).
Mabillon, dans son avertissement au sixième
traité des « Opera Omnia »,
prouve, par des recoupements irréfragables, que Bernard
de Clairvaux n’a pas pu écrire « la Louange de la
Nouvelle Chevalerie » au moment du concile de Troyes, puisqu’il
« embouche la trompette d’Isaïe » pour célébrer
les nombreuses recrues... postérieures. Et nous avons là
notre premier étonnement historique qui fait basculer nos
rêves templiers.
« Les
îles écoutent, s’écrie-t-il, les peuples les
plus lointains sont attentifs et bouillonnent de l’Orient et de
l’Occident comme un torrent de Gloire qui se répand dans
la cité de Dieu qu’elle inonde de joie. Mais ce qu’il y
a de plus heureux, c’est que dans cette multitude qui afflue de
toute part, il s’y joint d’ANCIENS SCELERATS et des IMPIES, des
RAVISSEURS et des SACRILEGES, des HOMICIDES, des PARJURES et des
ADULTERES. Assurément de leur conversion provient comme
un double bien et aussi la joie est double puisqu’à la
fois leur départ réjouit les régions qu’ils
désolaient et leur arrivée comble d’aise celles
à qui ils s’empressent de porter secours. Double avantage
en effet: non seulement celles-ci sont protégées
mais celles-là pourront respirer. » (De Laude novae
militiae cap.V n° 10).
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