Ses amis auront beau arguer de
la gravité des questions qui seront débattues lors
de ce concile, Bernard n’en démord pas et demande qu’on
y envoie quelqu’un qui soit capable de traiter tous ces problèmes
difficiles:
« Si
on m’estime tel, je dirai, moi, que non seulement je pense mais
je sais ne pas l’être. Après tout, les choses que
vous tenez à confier aux soins de votre ami, au risque
de troubler son silence, sont-elles faciles ou difficiles ? Si
elles sont faciles, on peut les trancher sans moi. Si elles sont
difficiles, elles ne peuvent non plus l’être par moi à
moins que vous ne m’estimiez au point de me croire seul capable
de ce qui n’est pas possible pour les autres et que je sois l’homme
désigné pour régler les questions graves
et difficiles. Mais s’il en est ainsi, Seigneur mon Dieu, comment
se fait-il que vos desseins se trouvent entravés par moi
seul ? Pourquoi avez-vous mis sous le boisseau la lumière
qui, placée sur le chandelier, aurait pu répandre
toute sa clarté ? Ou, pour parler sans figure, pourquoi
m’avez-vous fait moine et m’avez-vous caché dans votre
sanctuaire pendant les jours mauvais (Ps. XXVI.5) si j’étais
un homme si nécessaire au monde et sans lequel les évêques
ne peuvent remplir leur mission ? (...) Vous, cependant, mon Père,
sachez que je suis prêt, et sans en éprouver de peine,
à observer vos commandements. Cependant je compte sur votre
bonté pour m’épargner, chaque fois que vous le jugerez
à propos (Ep. XXI)».
Malgré ce courrier qui nous révèle une facette
de la personnalité de Bernard de Clairvaux, on ne peut
plus étrange dans son comportement comme dans son langage
d’excuses, le légat juge indispensable sa présence
à ce concile qui doit avoir lieu à Troyes. Il réitère
donc sa demande qui devient presque une « injonction amicale»,
pressant Bernard d’assister à ce concile, coûte que
coûte, santé chancelante ou non.
Ce
sont de grandes Assises. Sous la présidence du cardinal-légat
vont en effet siéger Renaud II, archevêque
de Reims; Henri le Sanglier, archevêque
de Sens, Primat des Gaules, l’un et l’autre entourés de
leurs suffragants; on y trouve aussi beaucoup de responsables
d’ordres religieux, parmi lesquels Etienne Harding,
abbé de Cîteaux, qu’accompagnent Hugues,
abbé de Pontigny et plusieurs grands seigneurs qui vont
prendre place auprès du plus puissant d’entre eux, Thibaud
de Champagne (Héfélé. Histoire des
conciles. 1912).
Ceux
qui organisent le concile ont jugé la présence de
Bernard nécessaire, voire indispensable, et pourtant, devant
l’étrange et incroyable refus de celui-ci, ils vont faire
appel à un moine obscur, Jean-Michel,
qui rédigera les statuts synodaux dont il ne reste quasiment
plus rien, ainsi que la première ébauche de la Règle
demandée par les futurs Templiers.
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