Bernard avait bien connu le cardinal-légat
alors que, chanoine de Reims, celui-ci était entré
au monastère clunisien de Saint-Martin des Champs. On le
disait très imbus des traditions de son Ordre et d’une
grande piété (Pierre le Vénérable).
Il combattait, avec sa congrégation, en priorité
la simonie, le nicolaïsme et tous les désordres religieux.
Honorius II, dès son avènement
en 1125, l’avait promu au siège d’Albano,
un poste éminent, puis nommé cardinal et envoyé
en France comme légat.
Dans
le même temps, André de Montbard,
de retour de Palestine avec quelques-uns de ses compagnons, rendait
visite à son neveu Bernard de Fontaine.
On dit qu’il était porteur d’un message du roi Baudouin
de Jérusalem demandant au « célèbre
» abbé de Clairvaux d’établir une Règle
pour le futur Ordre des Templiers. Comme André
de Montbard et Hugues de Payns s’étaient auparavant rendu
à Rome, était-ce un message approuvé par
le pape et un ordre pour Bernard d’assister, voire d’organiser
un concile ? Nous n’en savons rien, aussi inutile de spéculer.
(…)
Mais Bernard est excédé de toutes ces affaires dont
on le charge et il ne se sent nullement désigné
pour remplir le rôle et la fonction qu’on lui commande et
il considère tout à fait en dehors de ses préoccupations
habituelles d’aller assister à un concile. Il va donc s’en
ouvrir à son ami le cardinal-légat Matthieu d’Albano:
« Mon coeur était prêt à vous obéir
mais mon corps ne l’était pas également. Consumé
par les ardeurs d’une fièvre aiguë, épuisé
par les sueurs, ma chair infirme se refusait à suivre l’esprit
dans sa promptitude. J’ai donc voulu vous obéir, mais cette
indisposition dont je vous fais part s’y est opposée. Que
nos amis jugent si je ne dis pas ici la vérité eux
qui, sans admettre aucunes de mes excuses, se servent des filets
de l’obéissance qui m’enveloppent pour m’arracher tous
les jours de mon cloître et m’entraîner dans les villes
! qu’ils remarquent aussi que cet accident n’est pas un prétexte
que j’invente mais qu’il m’a durement frappé et qu’ainsi
ils apprennent que nul projet ne peut tenir contre les desseins
de Dieu ».
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