Le 15 août 1209, à Carcassonne, la Croisade « albigeoise » se donna un chef en la personne d’un seigneur d’Ile-de-France , Simon de Montfort. Neuf années durant, il devait chevaucher à travers tout le pays hérétique, pillant, incendiant, détruisant châteaux et villages, jetant au bûcher « parfaits » et « parfaites » cathares, égorgeant, mutilant ou pendant tout ceux qui lui résistaient, et réussissant à s’approprier la vicomté de Béziers, Carcassonne, Albi et Razès, puis le comté de Toulouse lui-même. Son ambition le poussa même à opérer des raids dévastateurs en des pays qui n’avaient jamais vu d’hérétiques : le Béarn, la Bigorre, le Comminges, le Périgord, le Vivarais…
Quand il mourut, en 1218, atteint de cinq flèches et la tête fracassée par un boulet de catapulte, alors qu’il assiégeait Toulouse révoltée, les Occitans saluèrent la disparition du conquérant avec une immense joie, dont fut témoin le troubadour anonyme qui écrivit le grand poème de la « Chanson de la croisade ».
Au même moment, dans le camp des Croisés, les compagnons d’armes de Simon pleuraient le valeureux chevalier chrétien qui avait été leur chef, et qui, lapidé comme saint Pierre et marqué de cinq plaies comme le Christ en croix, était mort en saint et en martyr, ainsi que le rapporte dans sa Chronique un de ses fidèles, le moine cistercien Pierre des Vaux-de-Cernay.
Alors ? Bourreau, ou martyr ? Qui fut-il exactement ? Et faut-il « choisir » entre l’un et l’autre ?
Un an et demi après la parution de son « Saint Dominique », Michel Roquebert vient de publier aux Éditions Perrin un « Simon de Montfort , bourreau et martyr » . Il y montre comment le chef de la « Croisade albigeoise » fut en fait l’instrument d’une idéologie meurtrière qu’il n’avait nullement inventée, celle de la Croisade, véritable théorie de la « guerre sainte » à la chrétienne, élaborée contre les Infidèles qui occupaient Jérusalem, puis tournée, par la suite, contre les hérétiques du pays d’Oc.