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Lorsque l’on confère avec des amis du drame cathare, on s’aperçoit bien vite qu’ils ne discernent (à de rares exceptions près) de ce drame qu’une grande épopée, une presque saga de feu et de sang, bref: La Légende du Midi. Inutile alors de tenter un quelconque raisonnement, l’esprit est alors reparti dans son Imaginaire historique, dans le Merveilleux qui fait une nation. Les cartes postales aux couleurs vives vendues à la sortie des boutiques de la cité de Carcassonne ont ici leur place bien plus que la Mémoire de l’homme. C’est ainsi que se déroule l’Histoire cathare sur fond de hordes barbares rugissantes et ferraillantes, une saga des barons d’acier digne des meilleurs récits mythologiques, et de l’autre côté les blancs agneaux, les femme-vierges, les enfants massacrés, la Rédemption, les sinistres présages, les tour crénelées qui cachent l’ombre d’une Esclarmonde, d’un Trencavel héroïque, le troupeau des agneaux qui prie sous la houlette de son pasteur. Foi, Droit mais aussi Devoir. Et là-haut, la citadelle de l’espoir, Montségur. Et là-bas le dernier drapeau, l’élite des Parfaits. Au matin pâle, la dernière prière s’élève dans l’azur, tandis que les seigneurs rescapés de tant d’horreur fourbissent une dernière fois les armes.
C’est oublier la réalité. Les cathares étaient des sectaires, et pour notre étude, des sectaires moyenâgeux. La doctrine dualiste est en elle-même très discutable et si, pour certains érudits le catharisme est indépendant du manichéisme (la doctrine aurait pris naissance dans les pays slaves, vers le X° siècle, et serait passée de Dalmatie en Italie pour essaimer en France), si pour d’autres la ressemblance entre doctrine cathare et manichéisme est telle (dans quelque domaine que ce soit, métaphysique, astronomique, symbolique etc.), qu’il est impossible de trancher ou d’en reconnaître la source, ce n’est pas une raison suffisante pour faire de ces sectaires des martyrs de la Foi.
Comme toujours, entre ces deux grands groupes d’érudits, quelques égarés qui assimilent les cathares aux novatiens, et, pour les moins scrupuleux, aux vaudois (alors que nous savons maintenant que ceux-ci n’apparaissent dans l’Histoire hérétique qu’à la fin du XII° siècle et qu’ils rejetaient le dualisme des Parfaits.).
C’est en Allemagne que l’on retrouve, au Moyen Age et pour la première fois, des membres (on dit alors des sectaires) qui appartiennent à un mouvement religieux dissident déclaré, et que l’on appelle bien vite cathares (Ecbert de Schönaugen, seconde moitié du XII° siècle. Dictionnaire de Théologie catholique).
C’est par la suite que les historiens adopteront, par commodité de langage, cette appellation de cathares pour désigner les membres de toutes ces sectes florissantes en Europe d’alors, avec l’exception albigeoise.
C’est alors que l’on s’aperçoit que pour ces historiens, les origines du catharisme sont et demeurent obscures (toujours l’exception albigeoise) et laissent le goût amer d’une unicité hérétique, alors qu’il n’en est rien.
Et à cause de cette prétendue unicité, on va voir surgir l’horreur, d’une Eglise qui interviendra après que le pouvoir temporel se sera essayé à l’éradication sans grand succès.
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