LES CATHARES OUBLIES

par Monsieur CASTILLE Daniel
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Ces luttes séculaires ont creusé un profond fossé culturel entre les croyants en un Dieu Un (en Trois) et la divinité “duelle” des hérétiques. Le Modernisme, le Siècle des Lumières, la Raison, la Science sont bien passés par là, nous le constatons chaque jour, et nous ne pouvons que déplorer la perte de la mémoire proto-religieuse des provinces.

Cela ressemble à une lapalissade que d’affirmer, de nos jours, que c’est dans le Sabarthez (sud-est de l’Ariège), autour d’un axe double Sabart-Tarascon (et les petits villages attenants), que le visiteur catharophile a le plus de chance de retrouver les ruines de l’Histoire et les sanctuaires naturels d’un catharisme... pyrénéen! mais cela n’a pas toujours été le cas.

Le Sabarthez, ou Haut-Pays de Foix, doit son nom à la Vierge Noire de Sabart qui apparut à l’armée franque, le 8 septembre 778, peu avant la rencontre avec les Sarrasins, sur le “pré lombard” aux portes mêmes de Tarascon. Après la victoire, les soldats de Charlemagne s’empressèrent d’élever, disent les Chroniques, une petite chapelle. En 779, la chapelle, hâtivement bâtie, fut reconstruite, agrandie et placée sous la protection de Notre Dame de la Victoire.

Nous voyons, une fois encore, comment se construit un schéma légendaire qui nous est devenu habituel et, pour consolider les fondements de cette légende, l’histoire locale et l’Eglise s’associeront pour permettre une assimilation plus rapide de la Vierge Noire en Vierge Marie, puis celle-ci en Réceptacle Divin, et enfin en Graal. Pour que cette transition recueille les suffrages de tous, il sera fait appel aux exégètes religieux ainsi qu’aux personnes intéressée par l’ésotérisme religieux. C’est ainsi,par exemple, que le mot gallois -pair- qui signifie -chaudron- trouvera un écho dans le mot -mair- couramment utilisé pour orthographier le nom de Marie, allant jusqu’à s’y confondre (John Matthews: Le Graal).

M. Th. Lorin, dans son essai sur les déesses-mères ou Maires (Deae Mairae. 1855-56) donne une étymologie intéressante du mot -mairae-. Selon lui, les déesses ainsi nommées, ne seraient autres que les Deae Matres. Selon cette hypothèse, les peuples du Nord auraient reçu ce culte des Grecs et des Romains qui le tenaient des Phéniciens. En raison de leur inculture notoire, ils en auraient fait le barbarisme -Matrae- puis -Mairae- par suite d’une prononciation vicieuse en usage dans quelques provinces de France où l’on dit -maire- pour -mère-. Cependant, cette assertion ne nous paraît pas tout à fait juste. Dans la langue celtique il ne semble pas, à notre connaissance, que l’on trouve le mot -maire- pour désigner -mère-. Cette altération serait bien postérieure aux monuments consacrés aux Deae Mairae.

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