Ces
luttes séculaires ont creusé un profond fossé
culturel entre les croyants en un Dieu Un (en Trois) et la divinité
“duelle” des hérétiques. Le Modernisme, le Siècle
des Lumières, la Raison, la Science sont bien passés
par là, nous le constatons chaque jour, et nous ne pouvons
que déplorer la perte de la mémoire proto-religieuse
des provinces.
Cela
ressemble à une lapalissade que d’affirmer, de nos jours,
que c’est dans le Sabarthez (sud-est de l’Ariège), autour
d’un axe double Sabart-Tarascon (et les petits villages attenants),
que le visiteur catharophile a le plus de chance de retrouver
les ruines de l’Histoire et les sanctuaires naturels d’un catharisme...
pyrénéen! mais cela n’a pas toujours été
le cas.
Le
Sabarthez, ou Haut-Pays de Foix, doit son nom à la Vierge
Noire de Sabart qui apparut à l’armée franque, le
8 septembre 778, peu avant la rencontre avec les Sarrasins, sur
le “pré lombard” aux portes mêmes de Tarascon. Après
la victoire, les soldats de Charlemagne s’empressèrent
d’élever, disent les Chroniques, une petite chapelle. En
779, la chapelle, hâtivement bâtie, fut reconstruite,
agrandie et placée sous la protection de Notre Dame de
la Victoire.
Nous
voyons, une fois encore, comment se construit un schéma
légendaire qui nous est devenu habituel et, pour consolider
les fondements de cette légende, l’histoire locale et l’Eglise
s’associeront pour permettre une assimilation plus rapide de la
Vierge Noire en Vierge Marie, puis celle-ci en Réceptacle
Divin, et enfin en Graal. Pour que cette transition recueille
les suffrages de tous, il sera fait appel aux exégètes
religieux ainsi qu’aux personnes intéressée par
l’ésotérisme religieux. C’est ainsi,par exemple,
que le mot gallois -pair- qui signifie -chaudron- trouvera un
écho dans le mot -mair- couramment utilisé pour
orthographier le nom de Marie, allant jusqu’à s’y confondre
(John Matthews: Le Graal).
M.
Th. Lorin, dans son essai sur les déesses-mères
ou Maires (Deae Mairae. 1855-56) donne une étymologie intéressante
du mot -mairae-. Selon lui, les déesses ainsi nommées,
ne seraient autres que les Deae Matres. Selon cette hypothèse,
les peuples du Nord auraient reçu ce culte des Grecs et
des Romains qui le tenaient des Phéniciens. En raison de
leur inculture notoire, ils en auraient fait le barbarisme -Matrae-
puis -Mairae- par suite d’une prononciation vicieuse en usage
dans quelques provinces de France où l’on dit -maire- pour
-mère-. Cependant, cette assertion ne nous paraît
pas tout à fait juste. Dans la langue celtique il ne semble
pas, à notre connaissance, que l’on trouve le mot -maire-
pour désigner -mère-. Cette altération serait
bien postérieure aux monuments consacrés aux Deae
Mairae.
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