A
la fin du Chapitre, on disait qu’ils éteignaient les lumières
et que le célébrant proclamait:
“Qui habet
teneat.”
Alors chacun
prenait la première femme qui lui tombait sous la main
pour célébrer un culte libertin et très priapique
à la fois.
Cependant,
ces rumeurs étaient battues en brèche par le contenu
des Livres, y compris ceux de leurs adversaires.
Saint Bernard
qui alla enquêter sur ces hérétiques disait,
en substance, qu’il n’y avait pas, en apparence, de discours plus
chrétiens que les leurs et les moeurs étaient aussi
éloignées que possible de toute espèce de
souillure.
Le plus gros
défaut des Patarins était leur obstination. Même
devant la mort la plus atroce qui soit, même après
d’horribles tortures, même après le massacre des
leurs, ils s’endurcissaient contre la souffrance, protestaient
violemment et expiaient au milieu des chants.
Le chroniqueur
Moneta de Crémone, ancien Patarin, entré dans l’ordre
des frères Prêcheurs et devenu Inquisiteur de la
Foi à Milan, féroce envers ses anciens frères,
“tanquam leo rugiens”, raconte qu’en Lombardie on conserve la
mémoire d’une jeune fille dont la jeunesse et la beauté
excitaient partout la compassion et le désir de la sauver.
On voulut qu’elle assistât au supplice des siens brûlés
sur le bûcher, dans l’espoir que la terreur l’aurait amenée
à la conversion. Il n’en fut rien, car devant l’horrible
spectacle, elle s’échappa des mains de ses gardiens et
courut se précipiter au milieu des flammes, afin, nous
dit le chroniqueur, de mêler son dernier soupir à
celui de ses parents.
C’est ainsi qu’en France, pays qui aspirait à l’unité
politique, le roi voulut soumettre la Provence et le Languedoc
au nom d’un idéal romain, contrées qui répugnaient
aux institutions germaniques du Nord de la France. L’hérésie
manifeste, dénoncée impudemment par Innocent III,
fut l’élément décisif pour justifier cette
réunification. On traqua donc les sectaires, aussi bien
dans les provinces du Midi que dans celles du Nord ou du Centre.
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