Le lecteur comprend aisément qu’un tel discours déplut
et provoqua l’émoi religieux chez l’archevêque Héribert
de Cantù, surtout sur deux points: la pauvreté (mise
en commun des biens) et l’acceptation d’une mort violente qui
engendre les martyrs. Il fit donc courir sus au château
de Montfort. Le refuge des hérétiques fut forcé
et les “mécréants” qui refusèrent tous, sans
exception, de se rétracter, finirent sur le bûcher.
C’était leur donner raison !
Vers
1180, Pierre Valdo (ou Valdès, nom latin de Pierre de Vaux
v. 1140-v. 1217) riche marchand lyonnais, se mit à prêcher
que l’Eglise était dans l’erreur et qu’elle se devait de
revenir à la simplicité de ses débuts. Aussi
condamna-t-il le luxe du culte, la richesse ostentatoire des prélats,
ainsi que la puissance temporelle du pape. Ses disciples se donnèrent
pour nom l’appellation de “Pauvres de Lyons” ou “Vaudois” que
certains historiens ont voulu confondre avec les cathares.
Il faut dire
que le grand problème, l’unique problème qui tourmentait
les penseurs d’alors et qui leur faisait rejeter le monde de l’apparat
peut se résumer simplement, mais cette constatation était
pour eux lourde de conséquences:
“Comment peut-on jamais concevoir, sous l’empire d’un Dieu bon,
l’existence de tant de maux ?”
Lequel d’entre nous ne s’est jamais posé cette question
?
La réponse,
la seule réponse à cette interrogation fondamentale
est... manichéenne et ne peut que l’être puisqu’il
faut supposer l’existence de deux divinités antagonistes,
l’une auteur du Bien et l’autre auteur du Mal. Mais n’est-ce pas
ce que l’on nous apprenait au catéchisme quand le curé
nous montrait Dieu et le Diable !
Mais à
cette époque moyenâgeuse, se poser à haute
voix cette interrogation c’était apporter le bois pour
confectionner son propre bûcher.
Quand, de l’Orient, cette hérésie passa en Europe,
elle était devenue un mélange confus de dogmes et
de légendes, un mélange dans lequel Dieu et le démon
étaient co-éternels, mais aussi égaux en
puissance. Et si Dieu avait pour Lui le ciel et les anges, au
démon échut la terre ... et les femmes.
La
légende dogmatique, c’est bien ainsi qu’il convient d’appeler
cette nouvelle doctrine théologique compliquée,
expliquait que le démon, rodant sans cesse autour de la
muraille dont Dieu avait ceint sa création, découvrit
un jour une fissure assez large pour y passer la tête. Il
encouragea les anges à y passer la leur et ainsi contempler
les femmes et leurs beautés. Séduits, les anges
sortirent et, de leurs “approches” de la gent féminine,
charnellement conquis(es), naquirent les hommes qui possédèrent
une moitié du Bien et une moitié du Mal.
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