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La question se pose alors de savoir de qui Anne de Vergy avait hérité du
Linceul ?
Si nous remontons simplement le cours du temps, on s'aperçoit
que l'héritière est fille d'Henri de Vergy et d'Elisabeth de la Roche,
petite fille d'Othon de la Roche, premier duc de Thèbes et d'Athènes.
On peut penser qu'il y eut, pendant une courte période,
deux Suaires, de Besançon pour l'un, de Lirey pour l'autre. Lirey possédait
le Linceul, ou drap ayant enveloppé le Christ, dérobé lors du pillage de
Constantinople; Besançon devait avoir soit une copie amputée de l'image
postérieure du corps du Christ, soit le linge qui servit à transporter le
corps du Christ de la Croix au tombeau.
L'incendie de l'église Saint-Etienne de Besançon a lieu en
1349 et le Suaire apparaît vers 1350 dans le village de Lirey. Il y fait l'objet
de la vénération des fidèles et plus encore lors de sa première ostension qu'on
peut dater de 1355.
Nous pouvons avancer une hypothèse de travail, au vu des
documents historiques champenois, qui voudrait que le(s) linge(s) sacré(s)
ai(en)t été(s) rapporté(s) tout simplement en Champagne, avec les reliques,
reliquaires et autres pierreries détournés par les chapelains de l'évêque
troyen Garnier de Trainel, "la conscience" des croisés qui mirent à sac
Constantinople. Versons deux pièces au dossier.
L'inventaire de la collégiale de Lirey, le 6 juillet 1418
(Lalore, Inventaire des principales églises de Troyes, tome II, 1882) nous
apprend que:
"Hombard, comte de la Roche, seigneur de Velar-Cessey et de
Lirey savoir faisons, à tous que pour la guerre qui a présent est, et pour
la doubte des gens de male volonté, avons receu par la main de noz amez
chappelains, doyen et chappitre de Nostre-Dame dudi Lirey, des joyaulx et
sainctuaires de la dite église les choses qui s'ensuivent;
Premièrement ung drap ou quel est la figure ou
représentation du suaire Nostre Seigneur Jésu-Crist, lequel est en ung
coffre armoyé des armes de Charny...".
Si cette déclaration semble aller dans le sens des évêques
de Troyes, car Hombart y dit qu'il s'agit peut-être de la représentation du
Suaire, on relie cependant très bien cette description avec le dessin de la
petite médaille de pèlerinage dont nous avons parlé plus haut et sur
laquelle nous allons nous arrêter un instant.
A peu près longue de six centimètres sur quatre et demi de
haut, on y reconnaît le linge sacré ainsi que les chevrons caractéristiques
qui authentifient cette représentation. On y distingue les silhouettes face
et dos du Crucifié, autre caractéristique d'une authenticité certaine, une
sorte de petite chaînette à hauteur des différentes plaies qu'on croirait
des liens mais qui sont certainement les écoulements sanguins.
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