|
On remarquera que les ostensions, ou présentations aux
fidèles, furent suspendues, après enquête, par l'évêque Henri de Poitiers,
et qu'elles furent confirmées dans leur interdiction par l'évêque diocésain
Pierre d'Arcis (du Mémoire duquel les érudits opposés à la réalité du
Mystère tirent la phrase litigieuse qui permet la mise en place d'un étrange
scénario dans lequel apparaît un peintre faussaire génial, mais hélas!
totalement inconnu, des environs de 1350-1355).
Ces ostensions seront cependant à nouveau autorisées par les
deux plus hautes personnalités du siècle, le pape et le roi. Cet accord
passé par ces deux plus hauts personnages ( le temporel et le spirituel) est à souligner et tend à accréditer l'idée qu'effectivement le Suaire avait
pour eux une réalité tangible. On connaissait déjà à cette époque des
imitations grossières, de faux suaires reconnus comme tels étaient admis à
la vénération des fidèles, mais ne seront jamais reconnus comme des reliques
contrairement à celui de ce petit village de Lirey que rien ne prédestinait à sortir de l'anonymat. Il suffit de se référer à nouveau au récit de Robert
de Clari pour obtenir une description d'une autre "saincteté": "On avoit
encore en cele chapele un autre sainctuaire: car il avoit image de saint
Dimitre qui estoit peinte en une table. Ceste image rendoit tant d'huile que
on n'en savoit tant oster comme il en découroit de cele image."
Lirey compte aujourd'hui un peut moins de cent habitants et
plus rien n'évoque son importance historique d'antan.
C'est officiellement en 1201 que Lirey entre dans l'Histoire
et que peu de temps après apparaît Milon de Lirey, lié par son épouse Agnès,
aux Villehardouin (famille du Chroniqueur de la quatrième croisade). Elle
est en effet la soeur de Guillaume I° de Villehardouin, maréchal de
Champagne, Dame de Chesley et elle était présente sur ses terres en 1257.
Par le jeu des alliances, Lirey va gagner en importance et
devenir un Haut-Lieu de la Champagne, un domaine dont la clef sera Agnès de
Villy, Dame de Chesley, veuve de Milon I°.
Mais, afin d'être précis, il nous faut préciser que Lirey n'appartenait
pas en totalité à la maison d'Agnès. Celle-ci partageait ses terres avec la
famille des Joinville. Nous savons qu'en 1273, Geoffroi I° de Joinville,
sire de Briquenay, céda, avec l'accord de son épouse, comme il était coutume à cette époque, Mabille de Villehardouin, et à titre d'échange, à Jean de
Joinville, sénéchal de Champagne et beau-père, ce qu'ils avaient comme biens à Lirey.
Nous savons aussi que l'une de filles, probablement issue du
second mariage de Jean de Joinville avec Alix de Reynel, Marguerite de
Joinville épousa Jean, sire de Charny, de la maison des Mont-Saint-Jean.
|