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Il existe un
document très peu exploité par les médiatiques
historiens, plus communément appelés les para-historiens.
Il s’agit du seul document, pourtant riche d’enseignements, qui
apporte les certitudes qui,parfois manquent à la recherche.
C’est aussi le document que les historiens nomment “cartulaire”,
ce qui est mieux et plus court que de dire qu’il s’agit d’un recueil
de titres relatifs à une église ou à une seigneurie.
Nous allons donc voir ce qui en est de ces feuilles, feuillets et
autres pages incomplètes au fur et à mesure de notre
étude.
Quand on prend
connaissance du Cartulaire des Templiers de Douzens (Aude), le chercheur
s’aperçoit bien vite qu’il y a là des particularités
dont nous laisserons le lecteur seul juge ( P.Gérard, E.
Magnou, Ph. Wolff. 1965. Coll. des Doc. Inédits sur l’Hist.
de France.)
Durant les
dix années qui suivirent le concile de Troyes (1128) et qui
virent s’officialiser lentement l’Ordre du Temple (qui ne comptait
toujours officiellement que neuf chevaliers à la sortie de
la cathédrale de Troyes), les moines-soldats s’installèrent
aussi bien dans le nord que dans le sud du royaume, mais aussi à
l’étranger. C’est ainsi que l’on va relever une implantation
templière à La Neuville près de Châlons-sur-Marne
(aujourd’hui Châlons en Champagne) dès 1129; une maison
du Temple au Mont de Soissons en 1133 ou à Douzens dans la
vallèe de l’Aude, à la même époque.
On sait que
le château de Douzens et les terres attenantes furent remis,
par le puissant lignage des Barbaira entre les mains de Hugues de
Rigaud chargé, dès 1129 ou 1130, de recueillir des
dons dans la région languedocienne. Pour cela il fallait
que Hugues de Rigaud fut un puissant seigneur ou un personnage dûment
mandaté et respecté de tous pour que, avec le titre
inconnu de Procureur provincial, il “démarche” de puissants
seigneurs locaux qui n’avaient encore pas entendu parler du nouvel
Ordre.
On ne relève
pas le nom d’Hugues de Rigaud comme faisant partie de “la bande
des neuf”.
De ce chevalier
templier, à l’importance certaine, au vu de sa mission, on
sait qu’il fut promu au rôle de Procureur provincial de 1128
à 1136 et on le retrouvera mentionné dans les chartes
sous l’appellation de frater,confrater, societatis corum ou procurator
militum. Cette terminologie, quelque peu fluctuante,se stabilisera
vers le milieu du XII° siècle (M. Caroff. L’Ordre du
Temple en Occident des origines à 1187. Thèse de l’Ecole
des Chartes 1944).
Hugues de Rigaud
voyagea beaucoup car si on le voit dans le Viennois, on le retrouve
aussi à plusieurs reprises à Barcelone.
Ce fut Hugues
de Rigaud, accompagné d’un frère templier appelé
Guillaume Salomon,qui fit les premières acquisitions en Velay.
Ainsi, pour la somme de 800 sous, il devint, pour l’Ordre, le possesseur
des grottes d’Aiguihle, ainsi que des dépendances d’Etienne
Pézugie et Guilelm Multe. Cet acte est daté (avec
les réserves d’usage) de 1132 (M. d’Abbon). L’acte indique
qu’il fut bien rédigé sous le règne du roi
Louis et sous l’épiscopat d’Humbert, évêque
du Puy entre 1128 et 1136. Il semble bien que les Templiers aient
précédé les Hospitaliers en Velay. La plus
ancienne charte hospitalière remonte, en effet, à
1153 (ce qui contredirait l’affirmation d’Auguste Chassaing. Cartulaire
des Hospitaliers du Velay.1888).
Mais, entendons-nous
bien ! Cette possession n’implique pas, ipso facto, une implantation
fixe des Templiers dans la région.
Dans les années
qui suivirent le concile de Troyes (1128) la structure de l’Ordre
n’était pas encore très bien établie et les
possessions, les achats ou les dons étaient trop éparpillés
pour qu’on puisse parler de véritable hiérarchie administrative.
Ainsi, dans l’acte d’achat des grottes d’Aiguihle, qui se situe
entre 1128 et 1136 (avec une moyenne de 1132) on voit bien qu’il
n’y a pas de maison du Temple dans la ville du Puy puisque cet acte
d’achat est fait par “des chevaliers du Temple de Salomon”. La commanderie
existera vers 1170, date à laquelle on relève l’existence
de la “grange Chantoin”.
Le cartulaire
de Douzens est, en fait, composé de trois pièces appelées
ordinairement cartulaire A, cartulaire B et cartulaire C. Les cotes
en sont: H Malte n° 2855, 2856 et 2857 aux Archives départementales
de Haute-Garonne (il y a de cela, cependant, un certain temps !)
Ce cartulaire
est composé de 149 feuillets ou fragments pour le cartulaire
A qui va des dates 1120 à 1185, de 92 feuillets ou fragments
pour le cartulaire B qui couvre la période 1070 à
1182 et le cartulaire C qui ne possède que 11 feuillets.
La compilation des cartulaires A et B semble avoir été
entreprise dans le courant de l’année 1171. On a remarqué
qu’une compilation, jusqu’en 1175, fut entreprise par Guilhem de
Palacio qui prit la suite d’un anonyme.
C’est le cartulaire
C qui va nous intéresser car tous les actes enregistrés
se rapportent à la Provence, et c’est le frère Hugues
Rigaud, maître de la province de Provence et d’Espagne, qui
réalisera les acquisitions, de novembre 1129 à avril
1134 au plus tard, presque uniquement des dons. Rappelons, pour
mémoire, que la France templière administrative était
divisée en quatre provinces: la Provence, la France, l’Auvergne
et le Poitou-Aquitaine.
Ouvrons le
cartulaire C.
Un premier
groupe, numéroté de 1 à 4, intéresse
les possessions de Peyrac, Blamac et Douzens.
Le groupe 5
à 6 intéresse les possessions dePomas et Poligne.
Le groupe 7
à 8 intéresse les possessions de Nevian (Aude) et
Avalon (Isère).
Le groupe 9
à 10 intéresse les biens acquis au Puy.
Le groupe 11
peut être rattaché au groupe 7.
Il apparaît,
à la lecture critique, que ce cartulaire C n’en serait pas
vraiment un, mais plutôt une sorte de compilation des biens,
faite à la demande de frère Rigaud.
La datation
des actes est faite en années de l’Incarnation (le début
de l’année commençait différemment d’une région
à l’autre. Cependant, l’année commençant à
Pâques était la plus communément employée),
cette datation étant indiquée par les formules “anno
Incarnationis dominice” ou “anno ab Incarnatione Domini” ou encore
“anno divini inarnati Verbi” moins utilisée cependant. La
mention “post-millesimum” y est parfois ajoutée. A l’intérieur
de l’année, les mois et quantièmes se réfèrent
au calendrier Julien et le jour de la semaine y est décliné
sous la forme “feria V” et “die sabati”. Exceptionnellement, on
remarquera qu’il est indiqué le jour de la lune (...luna
vicesma sexta...1156). Les indications de l’épacte (ou nombre
de jours qu’il faut ajouter à l’année lunaire pour
la faire concorder avec l’année solaire) ou de l’indiction
(dates de convocation d’une grande assemblée, comme le concile)
sont absentes. La mention du roi régnant est indiquée,
mais sans indication d’année de règne.
Toutefois,
certains actes ne sont pas non plus datés du style habituel
de l’Annonciation, soit le 25 mars selon le style florentin (comme
il est d’usage en Champagne, par exemple). Dans le cartulaire de
Douzens,21 actes datent du style de l’Annonciation, mais en calcul
pisan, ce qui fait commencer l’année 9 mois et 6 jours avant
notre 1° janvier actuel.
C’est ainsi
que le lecteur, qui ignorait jusqu’alors cette particularité,
comprend mieux certains décalages qu’il aurait pu constater
au niveau de la datation moyenâgeuse, dans ses propres recherches
ou dans celles des autres érudits.
Faisons l’historique
des Templiers de Douzens.
L’implantation
géographique n’a rien de remarquable, si ce n’est le lieu
tout proche de Douzens et qui domine la rive droite de l’Aude, la
montagne Alaric (600 mètres) dont on pourra tirer les conclusions
(légendaires) que l’on souhaite si l’on est quelque peu versé
dans la chasse au trésor.
Pour ce qui
est du cadre historique particulier; disons que, succédant
au concile de Toulouse (1119), de Latran (1139 et 1179), de Reims
(1148 et 1157), de Tours (1163), celui de Montpellier (1195) va
jeter à son tour l’anathème contre les cathares. Nos
Templiers sont donc aux premières ... loges!
Les moines-soldats
s’installent effectivement en 1133 sur les terres de Douzens concédées
par les puissants seigneurs de Barbaira et de Canet. la même
année, le vicomte Roger de Bézier, fils aîné
de Bernrd Aton,va céder au Temple la villa de Brucafel et
“tout ce qu’il y possède en hommes, femmes, terres, vignes,
manses...”. En 1136, le Temple va acquérir la villa Sainte-Marie
de Cours (commune de Frajac dans les Corbières au S.O du
mont Alaric) et, en 1153, on relèvera une donation, celle
de l’église Saint-Jean de Carrière.
V. Carrière,
dans son “Histoire et Cartulaire des Templiers de Provins” (1919)
soutient que les premières fondations de l’Ordre des Templiers
sont essentiellement champenoises ou flamandes. Il suffit de se
reporter à la table des sommaires d’actes publiés
par M. le marquis d’Albon pour se convaincre du contraire, tout
du moins que, parallèlement aux implantations champenoises,
les Templiers s’implanteront dans les provinces septentrionales
et s’y installeront solidement, tout comme à l’opposé:
en Espagne (1126-1130); en Languedoc (Toulouse, Douzens, Carcassonne,
1128-1133); en Provence (Richerenches 1136); selon J. A Durbec dans
“Provence historique” tome IX 1959. Fasc .35-37.
E. B Léonard,
dans “Introduction au cartulaire manuscrit du Temple” (pages 14-18
et 23-29) parle des dignitaires du Temple et nous dit (résumons)
que de 1130 à 1170, il n’existe pas, à proprement
parler de hiérarchie dans l’Ordre des Templiers, seulement
un maître et des frères. Durant un temps très
court, de 1130 à 1133, la communauté du Saint-Sépulcre
(sic) et de la Chevalerie du Temple paraissent avoir eu un maître
commun, en la personne d’Hugues Rigaud. Après 1134, il n’est
plus question que de “Milita Templi” dont il semble qu’Hugues Rigaud
conserve le gouvernement général. Néanmoins,
après 1137, celui-ci n’est plus mentionné.
Après
1150, les linéaments d’une organisation apparaissent. Toutefois,
l’emploi simultané de titres les plus divers, les fonctions,
elles aussi simultanées, que certains dignitaires exercent
dans les maisons de Carcassonne ou de Douzens dissimulent LA HIERARCHIE
REELLE.
On a ainsi
à la tête du Temple, de 1130 à 1150:
1130: Hugues
de Payns, mentionné dans le cartulaire C .1.
1130/1136:
Hugo rigaldus, domnus.
1136/1139 (?)
: Robertus Bergoin, domnus magister.
1137/1138:
Arnaldus de Bodocio, Raimundus de Gaure, Ugo de Beciano.
1139: Petrus
de Roeria, R.de Gaure, U. de Beciano, ministri et bajali.
1141: U. de
Beciano, Berengium de Roeria, Guilellelmus Catalani, Petrus de Roeria,
magister.
1143: Petrus
et Berengari (m)/(u) de Roeria, U. de Beciano.
1144: Poncius
de Luantione, Arnaldus de Barbaira.
1147: Raimundus
de Sancto Marno, Arnaldus de Surniano, Béranger de Roeria,
domnus magister.
1150: B. de
Roeria, minister ymmus.
C’est la liste
des responsables de l’Ordre dans l’Ordre. Celui-ci a donc bien existé
!
*
Cartulaire
C. 20 mai 1130.
Guilhem Ermangau
donne à Hugues de Payns (donc aux chevaliers du Temple) ce
qu’il possède à l’intérieur des limites placées
par Ermengau de Coursan à “Peirois” (Peyrolles ).
“In nomine
domini nostri Jhesu Christi. Ego Guilelmus Ermangaudi uxor predicti
Guilelmi et filius noster Raimundus Ermangaudi, nos donamus in primis
pro amor dei et pro remissione peccatorum nostrorum, ut Deus faciat
nobis misericordiam, donamus cim hac carta in perpetuum militibus
Templi Jherosolimitani, presentibus et futuris, quorum ordinis magister
post Deum extat Hugo de Pajanis, totum quantum habenus nec habere
debemus infra terminos quos Ermangaudi de Curciano fecit mittere
in terminio quem vocant Peirois, in loco quem vocant Pratum Alibarderium
in manu Hugonis Rigaldi, servi et militi et fratris oredicte militie
Templi Jherosolimitani, ut omnipotens Deus nobis et parentibus nostri
sit adjutor et protector de hoste maligno.”
*
Terminons enfin
par les titres que se donnaient Hugues Rigaud et son successeur
Arnaud de Bedoz:
- H. Rigaud
1128-1136: Confrère de la Compagnie des Chevaliers du Temple;
confrère et serviteur des chevaliers du Christ; Procurateur
de la chevalerie du Christ.
- Arnaud de
Bedoz: Chevalier de Dieu (ou du Christ); frère et ministre
de la chevalerie; maître de la chevalerie du Temple de Salomon;
frère et bailli des chevaliers de la milice du Temple; serviteur
et bailli et maître de la chevalerie du Temple.
D’après
les Statuts de l’Ordre, chaque Templier devait avoir un compagnon
de rang ou socius pour qu’ils s’entendent selon le principe évangélique:
“Vous irez deux par deux”.
Ajoutons, en
note intéressante, que Roncelin de Fos est donné comme
maître des maisons de la chevalerie du Temple en Provence,
Toulouse, Agennais, Cahors, Albigeois, Rodez et de la sénéchaussée
du Venaissin, 1248-1250.
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