Naissance du Christ
par Daniel Castille

Cette courte étude qui prélude à celle que j’ai consacrée au Suaire devait s’appeler tout d’abord “le Jésus académique” pour bien opposer ce que le lecteur va lire ici de raisonnable à tout ce qui a pu être dit sur celui qu’on appelle le Sauveur, ou le jésus essénien, Maître de Justice, en passant par le messie hindou ou japonais. Certes, cet homme qu’on dit Fils de Dieu, pose un réel problème à l’homme moderne, car son cas est unique, malgré les rapprochements osiriens ou plus mythiques encore que certains historiens proposent à notre sagacité. Aussi avons-nous décidé de laisser de côté quelque peu déraisonnable parfois, préoccupant toujours.
Pour une lecture baroque, je renvoie le lecteur aux écrits d’un Robert Charroux, un précurseur de l’Etrange, sinon LE précurseur, qui sut si bien, par ses affirmations péremptoires, rendre perplexe plus d’un curieux de la petite ou de la grande histoire.
Ainsi Jésus pouvait être égyptien, faire partie des évangiles remaniés, devenir soudain essénien, avoir des attaches avec la Chine, un ancêtre hyperboréen, bref un être qui va naviguer, avec Charroux et consorts, entre fiction, science et vérité, pour ensuite être détourné par toute une génération post-soixante-huitarde.

C'est pourquoi il convient de rétablir certains faits historiques, même si la seconde partie de notre travail peut prétendre au caractère révolutionnaire dans ses conclusions. Rien n’est résolu quant à celui qui se disait le Fils de Dieu, dans une acceptation du terme que nous développerons plus loin.

On relève trois grandes étapes dans l”histoire évangélique qui nous intéresse:
-la naissance de Jésus.
-le baptême qui fera de lui le Christ.
- la mort de celui qui se disait le Fils de Dieu.

Il faut à nouveau souligner que tout a été dit sur la date de la naissance du Christ, du plus invraisemblable au plus inimaginable, depuis l’an 22 de l’ère qu’on dit vulgaire jusqu’à l’an 9 de cette ère qui la nôtre. A quelques années près, cette période d’incertitude équivaut au temps de vie de ce mystérieux Jésus.

Chaque chrétien sait que Jésus est venu au monde au temps d’Hérode, et au moment du recensement décrété par Auguste. La limite extrême des calculs se situera donc, et bien évidemment, à l’année de la mort d’Hérode. Mais rien n’est simple avec les érudits puisque ceux-ci sont partagés sur cette date, selon le point de départ pris pour référence.
Il convient de signaler au lecteur une particularité importante et souvent ignorée qui concerne la détermination des dates à cette époque et en ces lieux.
Rappelons donc que, contrairement à la méthode romaine, les Juifs avaient l’habitude de compter les années de leurs rois du premier jour de l’année dans laquelle ils étaient arrivés sur le trône, c’est à dire le premier nisan, premier mois de leur année sacrée qui englobait une partie du mois de mars et du mois d’avril, de sorte que, si nous prenons un exemple, un roi parvenu au pouvoir huit jours avant le premier nisan, comptait déjà une seconde année dès le neuvième jour et s’il mourrait huit jours après le début de ce mois, il bénéficiait de l’année nouvelle, celle-ci comme la précédente était réputée entière. Pour quinze jours de règne, on lui comptait deux années effectives. Ce qui ne facilite pas la tâche des historiens, on s’en doute, en cas de successions rapprochées.
Hérode sera donc notre repère. Il a régné trente-sept années depuis la déclaration du Sénat qui lui octroyait son titre, ou trente-quatre ans si l’on compte de puis son entrée à Jérusalem.

Nous allons reprendre le système de calcul de monsieur Wallon, auteur d’un mémoire sur les années de Jésus Christ, mémoire lu à la séance du 19 mars 1858 de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, travail dont nous nous sommes
inspiré pour cet avertissement. Ainsi poserons-nous que l’an premier de Rome répondra à l’an 753 de l’ère vulgaire et que, par le jeu des datations +1/ -1 des chronologistes qui n’ont pas de zéro, l’an 1 de l’année vulgaire correspondra à l’année 754 de Rome.
La déclaration du Sénat date du consulat de Domitius Calvinus ainsi que de Asinius Pollion, c’est à dire de l’an 714 de Rome (soit l’an 40 avant l’ère vulgaire) et la reprise de la ville de Jérusalem, par Hérode tétrarque de Galilée et de Pérée, date quant à elle e 717 de Rome (soit 37 avant l’ère vulgaire). Ainsi peut-on être certain que la première année du règne d’Hérode, selon l’une ou l’autre référence prise en compte, date du premier nisan 714 ou 717 et que, par conséquent, la dernière (la trente-septième ou la trente-quatrième selon la référence choisie) débutera au premier nisan de l’an
750 de Rome (soit 4 avant l’ère vulgaire).
Hérode est donc mort après le premier nisan de l’an 750, aux environs de la Pâque. Rappelons que la coutume juive qui consiste à compter l’année entière et d’imputer celle-ci au (x) successeur(s) nous donne bien l’année 750 pleine, y
compris pour ses fils qui vont lui succéder. Hérode, peu avant sa mort, avait fait brûler vifs Judas et Matthias, coupables
d’avoir provoqué une émeute populaire (un aigle d’or avait été apposé au-dessus de la porte du Temple). Or, la nuit durant laquelle les deux séditieux furent exécutés, on vit une éclipse de lune. Ce fait rapporté va permettre au érudits d’établir, après de savants calculs astronomiques, que cette éclipse eut lieu précisément le 13 mars de l’an 750 de Rome, à trois heures de la nuit, pour le lieu où se trouve Jérusalem. On voit bien que la date de 750, retenue pour la mort d’Hérode, est bien la bonne.

La date de naissance de Jésus est, traditionnellement, fixée au 25 décembre (bien qu’ailleurs elle soit rattachée au 6 janvier, voire même pour certains chercheur en avril-mai ou mois de “pachon”). Nous accepterons donc, afin d’éviter toute polémique, cette date traditionnelle, qui du reste va s’inscrire dans une fourchette située entre le 25 décembre 749 et le 25 décembre 747.
Nous avons un recensement signalé à cette époque. L’édit dut être rendu au milieu de l’an 746 de Rome (soit 8 avant l’ère vulgaire); selon les érudits en la matière, rien ne s’oppose à ce que l’on retienne la date de 749 (5 avant l’ère vulgaire), mais comme il y a toujours controverse...!
Pour Tertullien, Jésus serait né en 751; ceux qui font observer qu’il ne faut pas oublier l’étoile des Mages (sans doute une conjonction Jupiter-Saturne dans le signe du Poisson) donnent l’an 747.

Dans les Textes, saint Luc dit que la mission de Jean Baptiste commença en la quinzième année de Tibère et qu’à son baptême Jésus avait environ trente ans. Selon cette hypothèse de travail, nous aurions alors une date de naissance pour Jésus en 751, malheureusement, cette date ne peut convenir, puisque nous savons qu’Hérode est mort en 750. Il y a donc quelque part une erreur à corriger.

D’autres érudits, reprenant cette hypothèse, mais sur d’autres bases, donnent à Jésus 31 ans au moment du baptême, ce qui n’est pas concluant non plus, car il semble que dans cette étude, on ait voulu rapprocher les Textes des calculs.

Ce que l’on peut déduire de tout ce qui vient d’être dit (et que nous n’avons pas développé) c’est que Jésus était dans la tranche d’âge 32-35 ans. Il faut souligner que l’âge sacerdotal était, de toute façon, 30 ans.

Dans les quatre premiers siècles, la naissance de Jésus Christ était rapportée, invariablement, à l’an 751 de Rome (soit 3 années avant l’ère vulgaire) ou en l’an 752 (soit deux ans avant l’ère vulgaire).
Ceci établi, peut-on déterminer la date de la mort du Christ?
Pour Saint-Jean, nous avons une série de fait chronologiques qui permettent de la déterminer. En effet il nomme trois Pâques dans le cours de la mission du Christ:
- une après le baptême.
- une au moment de la multiplication des pains.
- une au moment de la Passion.
Cependant, entre la première et la seconde, il va nommer une grande fête juive et, à cette occasion, Jésus va se rendre de Galilée à Jérusalem. Par déduction, ce ne peut être ni la Pentecôte, ni la fête des Tabernacles. Cette grande fête ne put avoir lieu, de toute évidence, qu’au retour de Jésus en Galilée (on sait qu’il traversa la Samarie en décembre), à quatre mois du temps des moissons. On ne trouve plus alors que la fête des Purim ou des Sorts. Cette fête n’a pourtant pas l’aval des chercheurs, car elle n’est pas assez importante pour justifier un déplacement du Christ de la Galilée vers Jérusalem. La seule fête qui aurait pu l’obliger à se déplacer ne peut être que la Pâque. Il y eut donc une Pâque entre celle qui suit la baptême et celle qui fut célébrée au temps de la multiplication des pains. La première est celle de l’an 29 de l’ère vulgaire ou 782 DE Rome, la dernière Pâque est celle de l’an 32 ou 33 (soit 785 ou 786 de Rome).

Pour cette dernière, qui est importante, il faut donc à nouveau raisonner par le calcul et cette date va devoir répondre à deux conditions:
- il faut qu’elle tombe sous le gouvernement de Pilate.
- il faut que le jour de la mort du Christ tombe un vendredi.

D’après les textes qui se rapportent à la date d’arrivée et ceux qui nous donnent la date de la destitution de Pilate, des faits sont sûrement établis, tandis que d’autres sont toujours à débattre.
Toutes les dates certifiées par l’Histoire indiquent que Pilate était depuis quelques années déjà gouverneur lorsque commença la mission de Jean Baptiste et qu’il continua de l’être quelque temps après la condamnation du christ, ce qui
donne donc une entrée dans sa charge en 26 et une destitution en 36 soit un passage de dix années en Judée.

Second point: tous les évangélistes s’accordent pour dire que Jésus est mort un vendredi:
“C’était le jour de la préparation qui est avant le sabbat” (saint Marc). “...et le sabbat allait commencer” (saint Luc).
On sait aussi que la journée chez les Juifs commençait au coucher du soleil.
Pour saint Matthieu et saint Jean, même chose.

Troisième point: cependant si les évangélistes sont d’accord sur le jour, ils diffèrent sur le mois. Les trois premiers rapportent au premier jour des Azymes l’ordre de préparer la Pâque, ou plus précisément la Cène qui sera la dernière, tandis que Saint-Jean place celle-ci avant la fête de la Pâque et toute la Passion le jour de la préparation de la Pâque.
“Afin de ne point souiller et de pouvoir manger la Pâque”, les Juifs amenèrent Jésus devant le gouverneur Pilate. Or l’agneau pascal était immolé, selon la coutume, le 14 nisan, sur le soir, très certainement entre 15 heures et 17 heures. Ce jour là s’appelait le jour de la Préparation (de la Pâque). On mangeait dans les premières heures de la nuit, quand commençait le 15 nisan, et c’était alors un nouveau jour, le jour de la fête, le premier jour des Azymes ou des sept jours pendant lesquels on ne devait user que du pain sans levain. Nous avons donc un jour de la Passion au 14 nisan pour les uns, au 15 nisan pour les autres. Les chronologistes sont, sur ce point, tout aussi partagés.

Le système de calcul qui fixe la Passion au 15 nisan prend pour base les témoignages des trois premiers évangélistes, entendu à la lettre, mais ce qui se rapporte à Jean tient tout aussi bien, à condition de ne pas faire violence aux textes pour appuyer la première démonstration.
Il existe pourtant un argument convaincant qui vient appuyer la date du 14 nisan et ainsi exclure celle du 15 nisan.
Le jour de la Passion étant un vendredi, les témoignages sont sur ce point unanimes, il n’est pas probable qu’il ait répondu au 15 nisan puisqu’il a toujours été dit que le grand jour de la fête pour les Juifs ne devait jamais tomber un lundi, un mercredi ou un vendredi. Si cela était, on évitait ce jour en retardant d’une journée le 1° du mois.
L’agneau pascal, immolé le 14 nisan vers le soir, se mangeait aux premières heures de la nuit, c’est à dire le 15 nisan, et, selon la Loi de Moïse, c’était alors le jours des Azymes. Un question se pose alors: faut-il tenir compte des usages postérieurs à Moïse ? La réponse est: certainement.
Le 14 nisan était la veille de la grande fête, le jour où on immolait l’agneau pascal. Ce ne peut être un jour de grande fête que le jour de l’arrestation du Christ, de son jugement qui dut attirer la foule et les notables, de son supplice avec le procès et le tumulte engendré. Le 15 nisan, toute activité était interdite, on voit donc mal les gardes aller faire du feu jusque dans la
cours du grand prêtre, ou les saintes femme aller acheter les parfums, etc. (je renvoie le lecteur aux Textes bibliques).
Saint Matthieu, saint Marc et saint Jean s’accordent à dire que la fête n’avait pas commencé, mais cette façon d’accorder les évangiles fait apparaître une autre difficulté majeure et bien étrange.

Si le premier jour des Azymes n’est que le jour de la Préparation (de la Pâque), si au moment de la Passion, les Juifs n’ont pas encore mangé la Pâque, cela eut donc dire que Jésus Christ a fait la Pâque avant tout le monde ! c’est indubitable puisque les quatre évangéliste rapportent la Cène. Est-ce la nécessité qui fit droit ? Il semble que cela était effectivement
autorisé et alors, ce constat indiquerait que Jésus savait 24 heures à l’avance qu’il allait être arrêté !
Les érudits explique cette situation intrigante ainsi: Ce jour là, Jésus célèbre la Pâque avec ses disciples puisqu’il sait son heure proche; le lendemain, le symbole disparaît, les ombres s’effacent: le véritable agneau pascal, l’agneau de Dieu est immolé.
Mais, pour rester dans les limites de la raison qui se doivent d’encadrer cet avertissement, il faut dire que c’est Jésus qui avait raison en célébrant “sa” Pâque, puisque le 14 nisan était bien le 14° jour de la lune selon la Loi qui décrétait que c’était ce jour là que devait être immolé l’agneau pascal. Jésus est donc bien mort le jour de la Préparation de la Pâque juive, le 14
nisan, et ce jour était bien un vendredi. Mais l’année direz-vous!

L’année des Juifs était du type lunaire et ce type d’année compte onze jours de moins que l’année solaire. Son commencement ne revient au même point que trente-trois révolutions plus tard, répondant ainsi à trente-deux révolutions solaires.
Tout en conservant cette forme lunaire, Moïse avait donné à l’année lunaire un point d’ancrage dans le cercle de la révolution solaire annuelle. Le mois sacré de nisan arrivait au temps des nouveaux fruits et la fête de la Pâque qui se célébrait au soir du 14 nisan ( pour mieux dire: le 15 nisan) suivait au plus près possible l’équinoxe.
“Observe, disait la Loi, le mois des nouveaux fruits et le commencement du printemps pour faire la Pâque en l’honneur de ton Dieu, car c’est en ce mois que le Seigneur ton Dieu t’a fait sortir d’Egypte pendant la nuit.”
Le règlement de Moïse, à propos de la Pâque, commandait un système d’intercalation (13° mois) et les rites prescrits pour la célébration des fêtes faisaient que, tout en conservant leur attache lunaire, les fêtes restaient liées aux saisons.
Avec les tables astronomiques, si nous appliquons, à l’année 32 et à l’année 33 de l’ère vulgaire, les formules adéquates, nous trouvons que , l’an 32, la première lune dont le quinzième jour ait suivi l’équinoxe est celle du 29 mars.
C’est le temps vrai de la nouvelle lune, mais les Juifs ne comptaient qu’à partir du moment visible de son apparition quand la première trace du croissant apparaissait, c’est à dire le second jour. Nous obtenons donc le 30 mars, 6 heures du soir et ceci ne convient pas du tout, puisque nous obtenons pour le 14° jour la date du 12 avril, un samedi soir.
En l’an 33, il y eut une nouvelle lune, le 19 mars, et si on rajoute un jour pour que la lune soit visible, on obtient le 20 mars pour le premier nisan, et le 14° jour après la lune tombe le jeudi 2 avril six heures du soir au vendredi 3 avril même heure.
Nous avons donc notre année.

Ainsi la mission de Jean Baptiste, ayant eu lieu dans l’année 15 de Tibère, du 19 août 28 au 19 août 29 de l’ère vulgaire, le baptême de Jésus eut lieu en 29, postérieurement à la Pâque et la première Pâque après le baptême sera daté de l’an 30. La quatrième Pâque, celle qui vit mourir Jésus eut lieu le 3 avril 33. Il est donc aisé d’en déduire que Jésus était âgé le jour de son supplice de 35 ans au moins, d’un peu plus de 38 ans au plus. Nous sommes bien loin des 50 ans que donne Irénée ou des trente/trente-trois de l’opinion commune.

La date la plus probable de la naissance de Jésus serait 7 avant l’ère vulgaire et sa mort peut être datée du 3 avril 33.

Daniel Castille.


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