Le Baphomet









le Baphomet : l'idole des Templiers - Chapitre II
L’explication la plus intéressante qui concerne le Baphomet
me semble bien être celle d’Hammer-Purgstall *
Etude par D. Castille

Presentation
Chapitre I : Etude comparée des auteurs.
Chapitre II : L’explication d’Hammer-Purgstall sur le Baphomet.
Chapitre III : Mais qui sont donc ces ophites que nous rencontrons par le biais des coffrets de l‘Essarois ?
Chapitre IV : la representation du Baphomet par M. Héron de Villefosse


Cette étude s’inspire des objets et figures considérés comme appartenant bien au XIII° siècle et qui montrent que les Templiers avaient bien eu connaissance d’une gnose orientale dont ils s’étaient inspirés pour certains rites à caractères ophites.

Il basait cette certitude, de l’étude des coffrets de M. le duc de Blacas, découverts en Bourgogne et plus connus sous l’appellation de coffrets de l’Essarois.

Le coffret qui nous intéresse est en pierre calcaire, sa longueur est de 23 centimètres, sa largeur de 17 centimètres et sa profondeur de 11 centimètres environ. Le couvercle a, quant à lui, une épaisseur de 6 centimètres. C’est un objet assez solide.

Interrogé, un ancien Templier, John de Donigton, déclara qu’à sa connaissance, certains Templiers transportaient des idoles (baphomet) dans leurs coffres.

Gilbert de Encreyo va parler d’un "chat" qui serait apparu aux Templiers, non seulement durant les chapitres, mais aussi pendant les combats en Orient. D’autres frères confirmeront cette apparition ou présentation du "chat" lors de réunions secrètes ou lors des grands chapitres, comme ceux tenus à Nîmes ou Montpellier.

Cette histoire de "chat", bien particulière, nous prouve que les frères-templiers ont vu quelque-chose de peu banal; sur les côtés du coffret de l’Essarois, on peut en effet voir une série de personnages célébrant des cérémonies difficilement interprétables, dont l’une des scènes, plus particulièrement, montre, d’un côté un crâne humain au bout d’une pique, et de l’autre côté un personnage androgyne adoré par deux initiés qui portent des masques de chat.

Décrivons succinctement le couvercle. On observe un personnage nu, androgyne, à corps de femme et à tête d’homme, portant une coiffe qui rappelle celle de Cybèle. Il tient à bout de bras des chaînes qu’on peut qualifier d’éoniques, avec dans la partie supérieure, de part et d’autre, le soleil et la lune inversés, et dans la partie inférieure, sous les pieds, une tête de mort encadrée de deux représentations, l’une qui semble être une étoile et l’autre un pentacle. Des "signes" suggèrent une écriture arabe.

L’androgyne que l’on observe sur le couvercle du coffret de l’Essarois est souvent reproduit, par les historiens, pour tenter d’expliquer le mysticisme que l’on prête parfois aux Templiers. Souvent, pour ne pas dire toujours, cette représentation de l’idole est montrée imberbe, comme si le corps justifiait la tête couronnée. Même Hammer-Purgstall représente son idole, imberbe, évacuant du même coup (chose étonnante quand on y réfléchit) le fait même de l’androgynie gnostique à la base de son étude !

La barbe est attestée et, dans la monographie consacrée à l’étude du coffret de M. le duc de Blacas, Mignard (1852) reproduit, pour preuve définitive et sans appel, la lettre de M. le duc de Blacas à qui il avait demandé une vérification, ceci pour lever définitivement tout doute.Voici la réponse que fit M. le duc de Blacas:

"Voilà ce que m’écrit, à ce sujet mon frère qui s’est chargé de cette vérification: "Il est évident pour moi que la figure en question est barbue; elle est bien usée, il est vrai, mais la lithographie la rend mal, et en la voyant, on peut mettre en doute l’existence d’une barbe, ce qui justifie bien son androgynie." - Je regrette vivement que votre lettre ne me soit point parvenue avant mon départ de Paris; j’aurais peut-être pu vous envoyer une empreinte ou un calque, ce qui aurait éclairci tous vos doutes."

 

Le 1° juin suivant, M. Mignard recevait de la part de M. le comte de Blacas qui avait bien voulu se charger de ce soin, pour M. le duc de Blacas, une boîte contenant la reproduction en plâtre, moulée sur le couvercle même, de l’image. Une lettre était jointe qui disait, entre autres choses:

"Vous avez parfaitement jugé que la figure gnostique du coffret d’Essarois devait être barbue, et un examen un peu sérieux ne permet le moindre doute à cet égard, et c’est ce que le dessinateur a négligé de faire..."

La monographie de monsieur le duc de Blacas va s’attacher ensuite aux noms des Templiers repris dans la collection des Documents inédits de l’Histoire de France. Notons-en ici quelques-uns:

  • Pierre Régnier de Larchent, diocèse de Sens; 
  • le chevalier Guillaume de Giac, diocèse de Besançon; 
  • frère Gaucher; Guillermey de Harbley, aumônier de la maison du roi; 
  • frère Jean-Denis de Taverniac qui vit la "tête" six fois dans six chapitres différents tenus par Guillaume de Beaujeu, grand- maître et Hugues de Peraudo après lui; 
  • Arnold de Goërte, diocèse de Sainte; 
  • Guillaume d’Harbley; 
  • Antoine de Verceil; 
  • Hugues de Faure; 
  • Pierre de Bonnefond, du diocèse de Clermont; 
  • Hugues de Bure, diocèse de Langres;
  • frère Jean de Turn, trésorier du Temple de Paris qui parle d’une tête peinte sur un tableau;  
  • Jean d’Anisiac qui déclara avoir vu, par deux fois, Gérard de Villers porter quelque chose qu’il n’avait pas bien discerné car l’assemblée n’était éclairée que par un cierge;  
  • le frère Hugues qui déclara que les Principaux de l’Ordre s’adonnaient à l’occulte.
     

Les Documents disent aussi que les chapitres de l’Ordre avaient lieu, secrètement, la nuit ou tôt le matin.

"Quand ils tiennent un chapitre, ils ferment toutes les portes de la maison du Temple et toutes celles de l’église, et ils les ferment avec tant de soin, que personne ne peut ni les voir, ni les entendre, ni avoir accès près d’eux."

Matter affirme que les Templiers tenaient des copies de ces têtes ou idoles dans leurs coffrets et ceux-ci, qu’ils soient de Toscagne ou de Bourgogne, sont en conformité manifeste entre eux, en conformité avec les mystères gnostiques ophites.

Ces coffrets, pour M. Mignard "offrent bien la déposition historique la plus complète qu’on puisse apporter contre l’Ordre célèbre (...) et ils offrent de plus, la preuve indubitable de l’affiliation de cet ordre au gnosticisme...".
Il ajoute "qu’on ne doit point s’étonner qu’un tel monument ait été recueilli dans une retraite voisine de la maison du Temple de Voulaine, prieuré d’une haute importance, qui ne relevait lui-même que du grand prieuré de Champagne, et qui était un siège de ces grands chapitres généraux où l’idole apparaissait à certains jours comme un complément de la plus haute initiation dans les mystères de l’Ordre."

 

Voyons ce que dit une des lettres de Madame le comtesse Victorine de Chastenay, propriétaire du château de l’Essarois dont parle M. Mignard.

-"Le coffret dont vous vous occupez a été acheté à Dijon, chez un marchand de curiosités, par M. Rollin, changeur à Paris, et a été vendu ensuite par ce dernier à M. le duc de Blacas. Le coffret portait pour toute inscription: "Trouvé dans la terre de la Cave, appartenant à M. le marquis de Chastenay." Vous savez, monsieur, quel est à Essarois le lieu qu’on nomme la Cave **: c’est là qu’ont été recueillis les débris de sculpture que vous avez examinés. On peut bien croire qu’à l’édifice païen dont nous avons retrouvé les fragments et constaté la place, ont, après neuf ou dix siècles, succédé des constructions possédées par les Templiers. Voulaine, Bure étaient à eux; ils ont eu à Courban des propriétés. Je trouve dans nos papiers de famille les traces des ventes ou échanges avec les Templiers dans ces diverses contrées. C’est au commencement de 1789 que mon père chargea des ouvriers, employés déjà par les chartreux de Lugny, de quelques travaux à Essarois; c’était à la contrée de la Cave qu’ils devaient trouver les pierres dont ils avaient besoin. J’ai su depuis qu’ils avaient tiré des fouilles qu’ils y avaient faites quelques objets qui parurent sans aucun prix, et sans doute le coffret en aura fait partie. Continuez, monsieur, vos travaux et vos recherches; vous avez certainement une grande page d’histoire à créer, etc."

C’est le texte exact de la lettre adressée à M. Mignard par Madame la comtesse de Chastenay le 3 mars 1851.

communication faite par M. de Barthélémy sur un travail de M. Flouet résidant à Nîmes dans le bulletin de la Société Nationale des Antiquaire de France 1870

"J’en ai inutilement recherché les autres débris pour en tenter la reconstitution. Son vaste foculus, ses cornes en forme de tores largement évidés, le simple biseau par lequel sa table de couronnement se raccorde au dé, permettent de se faire une idée assez nette de ce qu’il était dans sa partie supérieure. Malheureusement on ne peut rien pressentir de la partie moyenne et de la base. Une ou plusieurs de ses faces portaient-elles une inscription ou quelque sculpture ? On est tenté de le croire en remarquant que c’est évidemment contre la partie centrale qu’ont été particulièrement dirigés les coups des démolisseurs, et leur fureur dévastatrice nous a peut-être ainsi privés de quelques révélations précieuses pour l’histoire des croyances ou des coutumes des anciens habitants de la contrée.
"Je ne saurais parler de cet autel sans faire ressortir, au moins pour ce qui en reste, sa grande analogie avec le bel autel orné de figures qui a été recueilli à quelques lieues de là, dans l’enceinte des thermes de Vertillum près de Laigues."

 

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